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Un projet de méthaniseur bloqué depuis six ans

Jean-François Bordinat, Aurélien Thévenin, Emmanuel Vigier, Thierry Gaillard et Mickaël Bonnevie (de gauche à droite) portent un projet de production de 280 Nm³/h de biogaz, avec trois autres agriculteurs.

Des projets de méthanisation sont paralysés. C’est le cas à Sancoins dans le Cher, où huit agriculteurs attendent que la justice se prononce depuis six ans.

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« Où en est votre projet ? » Cette phrase, le groupe de huit agriculteurs du secteur de Sancoins (Cher) l’entend régulièrement au sujet de son méthaniseur. Six ans après le dépôt du permis de construire, rien n’est sorti de terre. Et pour cause, deux riverains ont attaqué le projet et la préfecture. Après que le tribunal administratif d’Orléans, puis la cour d’appel de Versailles, ont statué en faveur du méthaniseur, les plaignants viennent de se pourvoir devant le Conseil d’État. « Nous sommes repartis pour 18 à 24 mois d’attente », déplore Arnaud Bodolec, le président de la SAS APG qui porte le projet, effaré par tant de lenteur.

Tout commence en 2017, lors du comice de Sancoins. Des agriculteurs se regroupent pour répondre aux besoins du territoire en énergie renouvelable. Sancoins possède déjà un parc photovoltaïque. Les agriculteurs se tournent donc vers le biogaz et exposent leur projet aux habitants. Une bouffée d’air après l’année noire de 2016, comme le souligne Emmanuel Vigier, céréalier et collecteur de fumier : « Les tarifs du gaz sont garantis sur 15 ans, ce qui est rare en agriculture. Le méthaniseur apporterait une diversification sur le long terme. » Un sentiment partagé par Mickaël Bonnevie, céréalier à Grossouvre : « Quand on voit le prix de l’azote flamber, on a d’autant plus besoin du digestat. » « Entreprendre ici, dans la diagonale du vide, pourrait créer un ou deux emplois directs et de l’activité sur exploitations », surenchérit Aurélien Thévenin, le cadet de la bande.

Production de biogaz

Le projet est prévu sur une ancienne carrière, avec des maisons à environ 250 mètres, derrière une forêt. Il s’agit d’apporter 80 000 tonnes d’intrants, dont deux tiers d’effluents et un tiers de cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive), 100 % en provenance des huit exploitations, et d’injecter 280 Nm³/h sur le réseau. En 2020, tous les voyants sont au vert : l’Ademe et la Région Centre soutiennent le projet à hauteur de 10 %.

Quand arrive le premier recours contre le permis de construire, en 2021, c’est l’incompréhension et la colère. « On ne sait pas pourquoi deux couples s’opposent. Pour les nuisances ? Ils sont contre tous les méthaniseurs du département, le nôtre y compris », ajoute Jean-François Bordinat, éleveur à Augy-sur-Aubois, qui les a rencontrés. Thierry Gaillard, membre du groupe maintenant à la retraite, s’insurge : « Avec un simple recommandé, ils peuvent tout bloquer. Mais ça coûte combien à la communauté d’importer du gaz depuis dix ans ? » Malgré les frais de justice (plus de 20 000 €) et l’attente, le groupe reste soudé.

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